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Négociations climatiques en 2010

De Copenhague à Cancún

 

 

Les négociations internationales sur le changement climatique sont longues et fastidieuses, surtout parce qu’elles impliquent un grand nombre de pays - avec des intérêts souvent divergents - et qu’elles ont un impact sur l’économie, la santé, l’industrie, l’agriculture, etc. Dans cette vision, chaque réunion constitue un petit pas dans un long processus. Ces différentes réunions préparatoires aboutiront fin 2010 à la Conférence de Cancún qui doit frayer un chemin pour de nouveaux accords climatiques.

Le précédent sommet climatique de Copenhague (en décembre 2009) a été dépeint par la presse comme un grand échec et c’est aussi cette image qui persiste auprès du grand public. L’Accord de Copenhague contient néanmoins une série d’éléments qui entrent en ligne de compte pour une exécution immédiate, comme le financement ‘fast start’. Ce type de financement rapide peut permettre de soutenir sur le terrain certaines activités pour une adaptation urgente ou liées au renforcement des capacités. Il s’agit d’une bonne chose en soi, qui doit contribuer à rétablir la confiance entre les pays en voie de développement et les pays développés dans les négociations futures. On peut difficilement dès lors sous-estimer l’importance du respect de ces engagements.

Depuis lors, les attentes ont considérablement été modérées. Cela n’empêche cependant pas que cette année les négociations auront été intensives dans le but de remporter au minimum quelques accords importants.

Pour mener la suite des négociations, la Conférence a confié l’initiative au Mexique, le pays qui organisera la prochaine conférence sur le climat. Celle-ci se déroulera à Cancún début décembre 2010. Pays à revenus moyens, le Mexique est bien placé pour aider à réduire le fossé entre les pays en voie de développement et les pays industrialisés et rétablir ainsi la confiance.

Le Mexique propose d’organiser une série de séances informelles à composition variable, mais représentative, en plus de consultations bilatérales intensives. Les résultats de ces séances pourront être proposés lors des négociations officielles. On souhaite également permettre aux présidents des deux groupes de travail [1] de mettre sur la table des projets de texte qui sortent des impasses et peuvent servir de base à un compromis.

Quatre intersessions ont été organisées :


 

Mexico - 18-19/03/2010

La première réunion informelle à Mexico (18 et 19 mars 2010) a été dominée par un climat constructif et l’approche des Mexicains a bénéficié d’un grand soutien.

 

Bonn - 9-11/04/2010

Pendant cette séance, le calendrier des négociations et la méthode de travail appliquée jusqu’à la conférence de fin d’année ont été abordés en vue de reprendre les négociations de contenu en juin. Il a été convenu d’organiser encore 2 sessions de négociations supplémentaires.

 

Bonn - 2-6/08/2010 

Les 194 pays participants se sont ensuite donné rendez-vous à Bonn pour entamer la troisième session des négociations sur le changement climatique de 2010.

Comme lors des précédentes sessions, les négociations se sont déroulées en deux voies parallèles;

  • la ‘voie Kyoto’ (AWG KP) 
  • la ‘voie de la Convention’ (AWG LCA)

L’objectif principal était d’avancer sur les textes des groupes AWG KP et AWG LCA - c’est-à-dire réduire et clarifier les points de vue divergents - afin de limiter les textes à seulement quelques options et alternatives qui faciliteront la prise de décisions politiques lors du Sommet de Cancún.

Le groupe AWG KP a surtout progressé en identifiant clairement différentes options concernant certaines règles techniques comme la comptabilisation des puits de carbone dans les mécanismes de flexibilité ou le transfert et l’emploi des quotas d’émissions non utilisés lors de la première période d’engagement du Protocole de Kyoto. Ces discussions ont permis d’alléger le texte afin de permettre l’amorce de véritables négociations en octobre, lors de la Conférence à Tianjin. La version révisée de ce texte est disponible ici.

Concernant le groupe AWG LCA, les progrès sont moins évidents car plusieurs pays participants ont introduit un grand nombre d’amendements ou ont au contraire exprimé leurs réserves sur certaines options envisagées dans le texte, rendant la tâche plus fastidieuse encore pour la prochaine session. La version révisée du texte est disponible ici.

Dans le cadre de la Présidence belge du Conseil de l’Union européenne, la Belgique s’est exprimée au nom de l’Europe. Voici ci-dessous les liens vers les discours prononcés à l’occasion des séances plénières d’ouverture et de clôture de cette session de négociation :

  • ouverture : AWG KP / AWG LCA
  • clôture : AWG KP / AWG LCA

Vous pouvez également consulter ces interventions ainsi que les conférences de presse de l’Union Européenne via ce lien.


 

Tianjin - 4-9/10/2010

Du 4 au 9 octobre 2010 la Chine a accueilli l’intersession sur les changements climatiques, qui devait permettre de progresser dans les difficiles négociations climatiques. Le principal objectif de cette session supplémentaire était d’enregistrer des avancées dans un certain nombre de matières, afin de conduire à un accord lors de la session de Cancún (Mexique) en décembre 2010. Notre pays, qui assure la présidence du Conseil européen de juillet à décembre 2010, a mis tout le monde à contribution pour atteindre cet objectif final.

Vous pouvez consulter ici les statements que la Belgique et la Commission européenne ont présenté lors des deux réunions plénières (au début et à la fin de la conférence) pour les deux voies de négociation (la voie Kyoto - AWG KP et la voie de la Convention - AWG LCA) au nom de l’Union européenne et de ses Etats membres.

Les défis sont grands

C’est aussi la raison pour laquelle une semaine de négociations supplémentaire a eu lieu en octobre à Tianjin, dans un centre de conférence flambant neuf. Cela a permis la création d’espace supplémentaire aux négociations et une meilleure préparation pour le sommet suivant. Le temps qui reste encore est en tous cas particulièrement court.

Tianjin

C’était aussi le message central de la réunion d’ouverture pléniaire, au cours de laquelle les orateurs ont appelé à négocier efficacement. Christina Figueres - Secrétaire générale de l’UNFCCC - a insisté sur le fait que la conférence est la dernière d’une série de négociations, a appelé les négociateurs à accélérer leur quête vers un « common ground » et a encouragé les pays-membres à exprimer clairement ce que pourrait contenir une série de décisions réalisables et politiquement équilibrées. Et elle y a ajouté : « Cherchez les points de vue communs et mettez les différences de côté, pour obtenir un résultat équilibré, qui ne sera peut-être pas complet au niveau des détails mais qui sera complet en ce qui concerne le contenu ».

Tianjin

La même préoccupation s’est également fait entendre la journée suivante lors d’une conférence de presse de la Présidence belge et de la Commission européenne : « Il y a une large unanimité concernant ce qui peut être atteint à Cancún. Nous devons nous focaliser sur ces domaines et obtenir des résultats. Tous les négociateurs ont bien pris conscience du fait que - s’il n’y a aucun résultat valable enregistré à Cancún - la politique climatique pourrait devenir aux yeux du monde totalement inutile », a résumé Arthur Runge-Metzger de la Commission européenne à propos des enjeux de cette conférence.

Comment limiter l’augmentation mondiale de la température à 2°C ?

Lors de cette session à Tianjin (Chine) le EU’s Climate Change Expert Group ‘Science’ (un groupe de scientifiques européens) a présenté un nouveau rapport concis et intéressant, intitulé « Scientific Perspectives after Copenhagen ». Celui-ci traite des questions clés relatives aux efforts internationaux pour respecter l’objectif de 2°C, et évalue l’ensemble des engagements (« pledges ») de réduction faits sous l’Accord de Copenhague.

Scientific Perspectives after Copenhagen

 

Cet accord – un des principaux résultats du sommet climatique de Copenhague en décembre 2009 - envisage de limiter le réchauffement global du climat en dessous de 2°C afin d’éviter que l’interférence des activités humaines avec le climat soit dangereuse. Il faisait également appel aux Parties, leur demandant de soumettre leurs engagements (« pledges ») de réduction pour 2020 visant cet objectif.

Les scientifiques ont pris en compte les études les plus récentes, y compris le [4e rapport d’évaluation du GIEC et ont identifié une série de conditions permettant d’avoir une chance probable « probable » signifie qu’avec l’évolution des émissions considérée (dont nous ne préjugeons pas de la probabilité qu’elle s’avère), il y a au moins 66% de chances que le réchauffement reste en dessous du niveau mentionné, au vu des incertitudes dans la réponse du système climatique. d’atteindre cet objectif de 2°C :

 

  • Un plafond d’émissions globales devrait être atteint vers 2015. Plus tard ce plafond sera atteint, plus importantes seront les réductions d’émissions nécessaires durant les décennies suivantes, allant potentiellement au-delà de ce qui est réalisable et faisant augmenter considérablement les coûts d’atténuation. 
  • Une réduction des émissions globales de 50-70% en comparaison avec celles de 1990 sera nécessaire en 2050. De plus, des réductions d’émissions supplémentaires seront nécessaires au delà de 2050. 
  • Les réductions des émissions globales de gaz à effet de serre à longue durée de vie, tels que le CO2, sont essentielles. De plus, des réductions d’émissions de gaz à effet de serre à courte durée de vie, de suies noires (« black carbon »), des précurseurs d’ozone troposphérique et des trainées de condensation des avions pourraient contribuer d’une façon importante pour atteindre l’objectif.

Néanmoins, même en adoptant l’interprétation la plus optimiste des engagements actuels, des engagements supplémentaires seront nécessaires pour faire en sorte que l’objectif de 2°C puisse être atteint (que cela soit « probable »). Se détourner de ces actions fortes maintenant rendrait les taux de réductions d’émissions après 2020 pratiquement irréalisables. Pour permettre de telles réductions d’émissions, il sera primordial de se doter d’instruments politiques crédibles, efficaces mais aussi équitables, qui cibleront autant de types d’émission que possible.

Event

Ce nouveau document de référence renforce encore les données fournies par le 4e rapport d’évaluation du GIEC : la limitation du réchauffement global sous les 2°C au-dessus du niveau pré-industriel réduit considérablement le risque de provoquer des changements accélérés et irréversibles du système climatique ainsi que des impacts négatifs de grande ampleur. Néanmoins, certains risques subsistent, surtout si le réchauffement se maintient à long terme

Les résultats scientifiques suggèrent clairement qu’un accord politique ambitieux est nécessaire puisque la fenêtre d’opportunité pour éviter les changements climatiques dangereux est déjà en train de se refermer.

Plus d’infos : 

Le rapport “Scientific Perspectives after Copenhagen” a été initié par la Présidence espagnole et terminé durant la Présidence belge. Si vous en voulez un exemplaire imprimé, envoyez vos coordonnées à secretariat_ssd@belspo.be.